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En complément au dossier du PRO VELO info de décembre 2015 « Transporter à vélo », voici quelques exemples de cyclistes lausannois qui ont opté pour ces véhicules. Ils nous parlent de leur pratique du cargobike.

Dossier réalisé par Arnaud Nicolay & Marine Skolka, mis en ligne en décembre 2015.

 

Biporteur permettant de véhiculer un chien passif renifleur de drogues à divers endroits sensibles de la ville. Projet réalisé dans le cadre du plan de mobilité de la ville

Biporteur permettant de véhiculer un chien passif renifleur de drogues à divers endroits sensibles de la ville. Projet réalisé dans le cadre du plan de mobilité de la ville

Béaba du cargobike

Arnaud Nicolay

Cargobike, vélo cargo, vélo de fret ou de transport, toutes ces appellations renvoient à un vélo « amélioré », souvent allongé et permettant le chargement à l’avant ou à l’arrière sur une plateforme ou dans une caisse. Il existe principalement des modèles triporteurs ou biporteurs, de plus en plus répandus aujourd’hui.

Les premiers vélos de transport ont été conçus à la fin du XIXe siècle déjà, d’abord en Europe : postiers, boulangers, bouchers, laitiers et même les pompiers s’en servaient ! Et à Paris, les « Championnats des Triporteurs » drainaient les foules dans les années 1930 (voir ici pour une « histoire de la cargologie »). Tout comme sa version légère, le vélo de transport a grandement perdu en popularité en parallèle à la montée en puissance de l’automobile, particulièrement après la seconde Guerre mondiale.

 

Source des photos historiques: www.ibikestrasbourg.com 

Il connaît pourtant aujourd’hui un certain retour en grâce et pas uniquement au Danemark ou aux Pays-Bas, comme les différents exemples de ce dossier en témoignent.

Si le vélo à trois voies (terme de la législation helvète pour un vélo à trois roues) s’avère stable à basse vitesse et pratique pour le chargement au vu de sa stabilité, son homologue à deux roues est plus roulant et sécurisant dans les virages. Chacun a ses avantages et ses inconvénients selon l’utilisation qu’on souhaite en faire.

Dans les deux cas, et en particulier pour les triporteurs, le principal inconvénient demeure l’encombrement conséquent par rapport au vélo classique équipé d’un porte-bagage avec des sacoches.

Si leur prix vous dissuade et si vous n’envisagez pas de vous lancer dans l’autoconstruction, il existe des systèmes (Xtracycle) qui permettent de rallonger votre vélo à moindre coût en y adjoignant une « queue » avec plateforme de chargement à l’arrière.

Il existe également des projets pilotes novateurs (Projet CaKi-Bike à Berne, voir sur le nouveau site de référence en Suisse: www.carvelo.ch) qui permettent de tester ces vélos dans la durée en les partageant entre plusieurs utilisateurs.

Enfin, vous avez la possibilité de louer un de nos Bullitt à un tarif avantageux (visibles sur le site de partage de vélos de transport : http://www.velogistics.net ou sur ce site).

Alors, à l’instar de la brigade canine lausannoise, n’hésitez plus à tenter l’expérience, vous serez déçus en bien !

Photo2 ©mano-Ville de Lausanne

Crédits photos: Ville de Lausanne

 


Vélocité Sàrl, société de coursiers à vélo à Lausanne depuis 1999

Questions à Paul Kormann, son directeur

Les cyclistes lausannois vous connaissent bien, mais qu’y a-t-il donc à l’intérieur des caisses de vos cargobikes ?

Les cargobikes de type Bullitt nous permettent d’étoffer notre flotte pour nos livraisons urgentes quotidiennes, c’est le chaînon manquant entre la rapidité du vélo et la plus grande capacité de chargement de la voiture. Ils nous permettent de transporter en milieu urbain des colis lourds ou volumineux extrêmement rapidement en s’affranchissant des obstacles liés au trafic. Idéal notamment pour proposer le service DringDring de livraison des achats entre les commerces et les domiciles des clients. Nous pouvons grâce aux cargobikes transporter des sacs ou colis jusqu’à 80 kg. Récemment, nos cargobikes ont été loués au Festival de la Cité pour servir de bar mobile sur quelques scènes périphériques. On ne pourra plus s’étonner de s’entendre demander dans la rue si on vend des glaces ou des boissons !

Depuis quand Vélocité utilise-t-elle des vélos de transport, et de quels types ?

En 2007, nous avons testé un triporteur, genre vélo de glacier italien, extrêmement instable, il avait tendance à basculer sur deux roues en virage… Nous avons alors cherché d’autres solutions afin de pouvoir utiliser les pistes cyclables tout en ayant un bon comportement même à vitesse élevée et dans les virages. Nous avons recherché un véhicule léger nous permettant de prendre le train et de rester mobiles en cas de panne de l’assistance électrique sans gêner le trafic avec un véhicule lent et encombrant. Il nous a paru opportun de favoriser la vitesse commerciale quitte à perdre un peu en charge utile. Nous avons découvert sur le net la société LarryVsHarry qui propose les Bullitt. Ces véhicules à deux roues de conception robuste présentent le même comportement qu’un vélo classique. Nous les avons contactés immédiatement. Ils présentaient leur premier vélo à l’Eurobike à Friedrichshafen et nous sommes allés le dernier jour à l’exposition pour prendre possession du vélo d’exposition… Nous sommes les premiers à avoir roulé avec ces cargobikes et y sommes restés fidèles depuis. Les 50’000 km de l’un de nos plus anciens cargos peuvent le confirmer !

Certaines sociétés de coursiers recourent à d’autres types de véhicules électriques avec une plus grande capacité de charge. Dans certains cas, cela semble plus approprié. Pourquoi rester fidèle au vélo de transport ?

Le plaisir lié à la conduite est très important pour Vélocité et ses coursiers, l’encombrement sur la route aussi. Les Bullitt restent légers et se pilotent comme un vélo classique avec les mêmes sensations, ils se penchent en virage avec un centre de gravité relativement bas et c’est très agréable. Ensuite, en ville ils sont passepartouts : on peut se parquer rapidement et les véhicules plus rapides (s’il y en a) peuvent nous dépasser facilement. Ils sont une solution idéale pour les transports professionnels ou privés quotidiens à l’échelle urbaine. Faire ses courses, transporter des objets lourds, des enfants, partir en voyage ou simplement partir en pique-nique… C’est un vélo très polyvalent.

Lien : www.velocite.ch

 


P2R « Panier bio à deux roues », coopérative d’agriculture contractuelle de proximité

Rencontre avec Mathieu Genoud, membre du comité et responsable des livraisons, et François Deschamps, mécanicien et revendeur de cargobikes à Lausanne

La coopérative, située dans une ferme proche de Lausanne, livre presque chaque semaine 250 paniers dans 21 points de livraison à l’aide de deux cargobikes électriques, depuis maintenant 5 ans. Avec une trentaine de paniers lors de chaque tournée, un poids total de 700 kg par semaine est transporté grâce aux sept tournées.

Mathieu Genoud et le cargo du p2r

Mathieu Genoud et le cargo du p2r

Mathieu, pourquoi ce choix du transport en cargobike, était-ce une évidence dès le début du projet ?

Oui, car livrer à vélo assurait une pleine cohérence au projet. Il s’agit aussi de montrer l’exemple en prouvant que le vélo peut se révéler un moyen de livraison efficace, y compris à Lausanne.

J’insiste ici sur le fait que l’assistance électrique est volontairement limitée à 25 km/h, vitesse “humaine” compatible avec une mobilité urbaine souhaitable et les valeurs portées par les initiateurs de la coopérative.

De plus, les coûts liés à son utilisation demeurent relativement restreints par rapport à l’utilisation d’une camionnette, même si l’utilisation “intensive” et les charges transportées induisent un changement plus fréquent des pièces d’usure.

Le cargobike s’avère aussi beaucoup plus maniable dans une ville souvent saturée par le trafic ; la contrainte des bouchons est moindre et on peut emprunter les voies cyclables et les contresens cyclables. Son grand avantage est également de pouvoir livrer systématiquement à la porte, y compris dans le centre-ville.

Les rares fois où les cargos ont été en panne, les livraisons ont été effectuées par camionnette, ce qui a été plus stressant et bien moins agréable.

Mais il faut quand même admettre qu’on atteint la limite par rapport au nombre de paniers transportables de cette façon.

Quels types de vélos utilisez-vous ? Et quel système d’assistance électrique ?

Au début, les livraisons se faisaient avec une remorque, sans aide électrique !

Maintenant ce sont des vélos danois de type Bullitt avec une assistance électrique, au début de marque BionX puis remplacée par un système chinois qui permet 6 à 7 heures de livraison, avec une batterie par vélo. Les performances sont quand même intéressantes : 90 kg transportables par cargobikes, y compris en montée, même si l’autonomie dépend évidemment beaucoup de la charge et de la pente.

N’est-ce pas un peu dangereux ? Et qu’en est-il de la conduite et de la réaction des autres usagers ?

On ne dénombre aucun accident avec pourtant 20’000 km roulés par an, seulement une contravention en cinq ans !

De plus, François remarque qu’avec sa taille imposante le cargobike se fait beaucoup plus “respecter” par les automobilistes qu’un vélo classique : les klaxons demeurent rares. La vitesse de 25 km/h permet tout de même de bien s’insérer dans la circulation. En cas de neige ou verglas, ce qui reste rare selon Mathieu, la conduite n’est pas plus périlleuse qu’avec un simple vélo. De plus, il n’y a pas besoin d’être un colosse pour le conduire : on peut ne peser que 50 kg et l’utiliser sans peine.

François, quel est selon toi le potentiel de développement pour le cargobike à Lausanne ?

 Il peut sans peine remplacer la voiture dans de nombreuses situations, par exemple pour le transport de deux lourds sacs de commissions ou des choses bien plus volumineuses.

On comptait une dizaine de vélos électriques en 2003 et le marché a triplé chaque année. En 2010, il y avait seulement 5 cargos à Lausanne et une vingtaine aujourd’hui, c’est donc un marché qui se développe. Cela se manifeste aussi par un essor des marques, environ une trentaine dans le monde.

François, pour finir, quels seraient tes conseils aux personnes intéressées à se lancer ?

 Il existe de plus en plus de marques et modèles différents. Il faut donc bien se renseigner et plutôt choisir des modèles qui ont fait leurs preuves. Le suivi et le service après-vente sont primordiaux, surtout à Lausanne où ces machines sont très sollicitées. Ne pas hésiter à en essayer plusieurs, ce qui est en général possible auprès des vendeurs (ndlr : PRO VELO loue les siens).

Lien : www.p2r.ch

François Turk au guidon du cargo avec caisse « oversized »

 


Une autre façon de transporter ses enfants

Questions à Philipp Schweizer, directeur de Label Vert et initiateur de DÉFI VÉLO

On recenserait plus de 40’000 cargobikes à Copenhague et 25% des familles avec deux enfants ou plus en possèdent un, notamment pour leur transport. Qu’en est-il en Suisse et dans la région lausannoise ?

Je n’ai pas connaissance d’un relevé statistique de possesseurs de cargobikes à Lausanne ! Je connais deux autres familles qui transportent leurs enfants avec un cargo de la marque Bullitt et trois familles qui possèdent un modèle Bakfiets. Il faut ajouter à cela les cargos des coursiers de Vélocité, ceux de la Plateforme Bio Locale, ceux du projet DÉFI VÉLO et les quelques autres que l’on voit circuler ; on doit arriver à une vingtaine environ. Comme la population lausannoise est environ 10 fois plus petite que celle de Copenhague, nous pourrions en compter 4’000 si nous voulions concurrencer la capitale danoise. Il y a donc un potentiel énorme !

Tu es un jeune papa lausannois et utilises ce véhicule pour transporter tes enfants : quelle est ton expérience à ce jour ?

Je tiens tout d’abord à préciser que la jeune maman l’utilise aussi ! Que ce soit à vélo normal ou en cargobike, il reste toujours énormément à faire à Lausanne en termes d’aménagements cyclables. De plus, les automobilistes ne sont pas tous respectueux, même avec un enfant dans le vélo. Il faut être très à l’aise pour se frayer un chemin et prendre sa place. La ville devrait être agréable à l’échelle d’un enfant, même sur un vélo. Ceci dit, j’ai été très surpris par les réactions toujours très positives et enthousiastes de la part des passants, particulièrement des enfants et des personnes âgées. Je m’attendais à me faire traiter d’inconscient, mais c’est tout le contraire !

Peux-tu nous dire quelques mots sur les aspects légaux liés au transport des enfants ?

Oui, le transport de deux enfants sur un seul vélo a été autorisé récemment, justement pour coller à la réalité du transport des enfants avec des cargos (ndlr : OETV art. 18, b, 4).

Pour terminer, quels conseils donnerais-tu aux familles qui réfléchissent à ce type de solutions ?

Ce qui est important, c’est de bien définir les besoins : combien d’enfants à transporter, s’agit-il de transporter aussi du matériel, des courses ? Ces questions permettront de choisir le bon modèle, mais il faut absolument en tester un maximum, car ils ont tous leurs avantages et leurs inconvénients. A cela s’ajoute le choix de l’assistance électrique, car je ne connais personne à Lausanne qui n’en ait pas installé une. Un site internet très complet a récemment été lancé pour découvrir le cargo (www.carvelo.ch). Et je prête volontiers notre cargo pour le tester !

Aloïs en balade au bord du lac (Paudex)

Aloïs en balade au bord du lac (Paudex)

 


Mariage-Maillefer_2

Jérémy & Ashley Maillefer se marient en cargo « Omnium » (photo: Benjamin Maillefer)

 


 

Le vélo prend son essor en boîte

Vincent Péclet

Les boîtes à vélo à Nantes (photo: Patrick Garçon)

Les boîtes à vélo à Nantes (photo: Patrick Garçon)

Mettre la camionnette aux oubliettes et la remplacer par un vélo utilitaire : tel est le pari innovant tenté par le collectif « Les Boîtes à Vélo » en France. Aujourd’hui, ce ne sont pas moins de 23 entrepreneurs qui déambulent sur leurs deux ou trois roues dans les rues de Nantes. Du déménageur au nettoyeur de vitres, du plombier au peintre ou de la libraire au marchand de glaces, ces indépendants constatent les nombreux avantages de livrer des produits et services à vélo dans un environnement urbain. Les entreprises à vélo, en plus d’être rapides, écologiques et financièrement compétitives, bénéficient également d’une plus-value en termes d’image. « L’utilisation d’un vélo est le meilleur outil de communication. Les gens voient votre vélo et vous posent des questions, vous parlent. », explique Céline Éloumou-Zoa, membre et Présidente des Boîtes à vélo. Le collectif nantais totalise actuellement plus de 7’000 clients mensuels et parcourt plus de 105’000 km par année, toutes entreprises réunies.

A l’avenir, les Boîtes à vélo souhaitent étendre leur offre locale (de 30 à 50 membres d’ici 2016) et développer le concept dans d’autres villes de France et d’Europe, dans l’optique de créer une fédération et avoir davantage de poids pour influencer certaines décisions politiques. La Suisse est-elle prête à leur emboîter le pas ?

Plus d’infos : www.lesboitesavelo.com

Twitter : @BavNantes

Facebook : www.facebook.com/Boitesavelo

 

Long André

Long André


Projet d’autoconstruction de cargobikes « Long André » à Renens

Léonard Favre

Dès l’hiver 2015, l’autoconstruction de vélos cargo débarque à Renens.

Long André est le nom donné à un longjohn – configuration dont le chargement est placé devant le pilote – développé par André Frieboese à Berlin en 2011 et construit depuis par dizaines, amélioré atelier après atelier.

En optant pour une assistance électrique, un montant total d’environ 3500 CHF devrait permettre de fabriquer un véhicule dont l’équivalent commercial coûte dans les 5000 CHF. Pour la version 100% musculaire, c’est environ 2200 CHF au lieu d’environ 3000 CHF.

Plus d’informations à la page fixme.ch/wiki/Long_André

 


 

Les nouveaux brasseurs adoptent aussi le cargo. Ici la brasserie du Lance Pierre (Lausanne)

Les nouveaux brasseurs adoptent aussi le cargo. Ici la brasserie du Lance Pierre (Lausanne)

 


Quelques liens 

http://www.copenhagenize.com – Des idées venant de la Mecque du cargobike

http://cyclelogistics.eu – Un projet européen autour du vélo de transport

Voir également le dossier « Quand les achats prennent le vélo », ATE Magazine 2/2015, consultable en ligne.

 

Revendeurs de cargobikes dans la région

http://vo-cycles.ch et http://www.cargobike.ch

http://tandem.ch

PIRANHA, vélos utilitaires électriques, piranha@sirup.org

Et un peu plus loin :

 

Livres

vélogistique, de Marcel Robert, Carfree Éditions

Cargologie. Le vélo cargo comme alternative à la voiture en ville, de Grégory Delattre

Posted in: Matériel